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Lettre d’Information (Suisse) No. 22

avril 2003, par Evi Guggenheim Shbeta

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Mars 2003
Lettre d’information No 22

Chers Ami(e)s de Suisse,

Tout d’abord je voudrais citer des extraits d’une lettre, reçue il y a peu à l’École de la Paix de NS/WS :

« Fin de la semaine dernière j’ai participé à NS/WS à un séminaire avec des étudiants palestiniens et juifs. Ces rencontres entre les deux populations continuent à se faire, pratiquement dans la clandesti­nité, loin de l’armée et de ses alliés, les médias patriotiques. Des rencontres difficiles, tristes, sé­rieuses, mais – comme rarement de nos temps – des rencontres sans violence.

Les Palestiniens sont venus de Nablus et de Ramallah, après une marche à pied de plusieurs heures, dans la tentative de circonvenir aux barrages et à l’interdiction de pénétrer en territoire israélien. Au début de la rencontre, un participant israélien leur demanda pourquoi ils avaient fourni tant d’efforts, mettant leur vie en danger, seulement pour s’asseoir avec nous et pour nous parler. Les Palestiniens déclarèrent qu’il leur importait de raconter comment eux et leur peuple allaient, et que peut-être ces récits sur leur vie parviendraient par nous au public israélien.

J’écris cette lettre pour exaucer leur vœu. Bien qu’il n’y ait pas d’équivalent à une confrontation réelle avec l’injustice et ses conséquences, je veux essayer d’être pour eux un porte-parole. Chaque jour du séminaire de trois jours débuta avec un compte-rendu des Palestiniens sur le nombre des morts dans les territoires occupés pendant les dernières 24 heures. Le dernier jour ils parlèrent de deux enfants palestiniens tués dans le village Azun, le village où habite le dirigeant palestinien du groupe…

Un des participants palestiniens raconta une nuit pluvieuse à Ramallah, lors de laquelle les forces ar­mées obligèrent les habitants d’une maison de sortir pour y effectuer une fouille. Des douzaines de femmes, d’enfants et de personnes âgées restèrent debout pendant des heures sous la pluie battante, alors que leurs habitations furent fouillées. Quand il revint chez lui, il découvrit qu’un porte-monnaie avec 1000 Shekel avait disparu…

Les Palestiniens plus jeunes parlèrent aussi de l’ennui, de la vie sous interdiction de sorties, ils par­lèrent de la pauvreté et de la faim, du déjeuner consistant en un verre de thé et un morceau de pain, de la continuelle peur de la mort qui les accompagnait journellement sur le chemin de l’Université, de­vant les barrages, dans la rue et chez eux.

Devant vous la bouche qui hurle en silence. Trouvera-t-elle les oreilles et le cœur qui entendront ? »
Uri Ajalon, Tel Aviv
Uri s’est engagé à publier cette lettre aussi dans les médias israéliens. Il dit qu’après la rencontre avec les Palestiniens, cette rencontre de travail avait changé sa vie et qu’il voulait maintenant re­joindre les Activistes de la Paix à Nablus.
Beaucoup d’entre vous sont probablement saturés de mauvaises nouvelles de notre région et ne veulent même plus écouter. Éclipsés par la guerre en Irak, les morts et les événements dans notre Is­raël et Palestine ont été refoulés dans les pages intérieures de nos médias. Beaucoup qui ont notre ré­gion à cœur, désespèrent devant la violence toujours croissante chez nous et leur sentiment d’impuis­sance. Nous, les Activistes de la Paix à NS/WS et à l’extérieur, ne pouvons nous permettre de déses­pérer. À une époque où l’on ne peut se sentir en sécurité ni en Israël ni en Palestine du fait de la vio­lence persistante, la tâche des rencontres entre Juifs et Palestiniens est plus nécessaire que jamais. Je vous donne un exemple personnel : Quand je monte dans un bus en Israël ou entre dans un café, je cherche d’abord instinctivement s’il y a quelqu’un susceptible de commettre un attentat. Et alors je me surprends à chercher un jeune homme d’aspect arabe. Moi, qui suis mariée à un Palestinien, moi qui me suis engagée pendant toute ma vie pour l’entente entre Juifs et Palestiniens ! J’ai honte à l’instant où je m’en rends compte… Et si cela m’arrive ainsi à moi, le pas suivant est proche vers une attitude raciste, discriminatoire, envers les citoyens arabes d’Israël !
La démocratie est en grand danger en Israël. Ceci, nous en avons pris conscience à l’École de la Paix à NS/WS, et nous travaillons à cause de cela plus intensément que jamais. Nous nous sommes don­nés comme devoir d’amener le plus grand nombre possible de jeunes et d’adultes à un séminaire de l’École de la Paix, pour prendre conscience de la complexité de la situation, pour apprendre comment s’y prendre pour dépasser la classification noir-blanc. Nous organisons ainsi, dès le début de l’année scolaire, chaque semaine (sauf les jours fériés) au moins un atelier d’échange entre jeunes juifs et arabes avec, à chaque fois, environ 60 participants par atelier. Les autres activités, comme par exemple les cours d’instruction de pédagogie de la paix ou les cours mixtes d’attribution de pouvoir aux femmes, en collaboration avec l’Université de Tel Aviv, les cours dans différentes universités etc., se poursuivent également.

De telles rencontres entre Israéliens et Palestiniens, telles qu’Uri les décrit dans sa lettre ci-dessus, sont très, très difficiles à organiser actuellement, à cause des entraves à la mobilité des Palestiniens. Malgré tout, nous n’abandonnons pas. En partie, ces rencontres sont transférées à Chypre ou la Tur­quie ; tant que les deux côtés sont prêts au dialogue – et ils le sont – nous nous sentons tenus à les rendre possibles sous notre direction professionnelle.

Instruction

« Aujourd’hui nous ne tenons pas de discours mais laisserons parler par eux-mêmes les objets expo­sés. Mais malgré tout, nous voulons vous raconter quelque chose sur cette voie d’apprentissage qui nous a conduits à cette soirée. Cette voie a été très riche, émouvante et éducationnelle pour nous tous, enfants et adultes. Nous avons eu l’occasion d’apprendre quelque chose sur notre culture et celle des autres... » Avec ces mots, l’exposition sur Ramadan, Noël et Channukah (qui cette année tombaient très proches l’un de l’autre), présentée par l’école et le jardin d’enfants, fut ouverte. Dans le cadre de l’exposition et des présentations qui l’accompagnaient, les parents et les enfants purent se familiariser avec ces trois jours de fête et leurs traditions dans les trois religions. Une telle expérience interculturelle et interreligieuse est certainement un événement qui ne peut avoir lieu que dans une école et un jardin d’enfants comme ceux de NS/WS.

Malheureusement, notre organisation d’instruction se heurte à beaucoup de difficultés financières. Le gouvernement actuel ne mâche pas ses mots et leurs représentants auprès des autorités régionales compétentes nous ont dit explicitement qu’ils verraient notre école à vrai dire plus volontiers fermée. Ainsi ils essaient, partout où c’est possible, d’interpréter la réglementation de telle sorte que de plus en plus de subventions financières nous soient refusées. Ceci nous rend malheureusement encore plus dépendants des dons. Nous ne nous décourageons toutefois pas.

La vie du village

Le 26 janvier une nouvelle étape capitale dans l’histoire de NS/WS a été franchie. Neuf jeunes adultes de la deuxième génération de NS/WS ont été acceptés comme candidats à la qualité de membre et deux jeunes hommes, également des enfants de NS/WS, ont été accueillis comme membres. Ceci nous amène au chiffre incroyable de presque cent pour cent de la nouvelle généra­tion, qui exprime ainsi qu’ils ont foi dans la voie de NS/WS, et qu’ils veulent aussi construire leur avenir dans ce sens. Quand j’ai inscrit chacun des noms des enfants grandis de NS/WS avec un « Oui » sur le bulletin de vote pour l’admission, ma main tremblait de joyeuse excitation. Comme j’appartenais à la génération fondatrice de ce village très particulier, je me sentais aussi très fière.

Lors de la même assemblée, cinq nouvelles familles, qui partiellement vivaient déjà au village, ont été admises à la candidature.

Vous connaissez certainement notre Doumia, une coupole ronde, en tant que lieu du silence, du lan­gage commun de toutes les religions. Ces deux dernières années Doumia a acquis encore une autre signification : En plus de Lieu du Silence, Doumia est devenue un centre spirituel pluraliste, dans le cadre duquel on travaille sur l’aspect spirituel du conflit et où l’on cherche des solutions dans cette direction. Des activités diverses, pour la plupart publiques, ont eu lieu ces derniers mois dans ce cadre.

Peu après Noël, NS/WS a accueilli un concert pour la paix, organisé par Tamera, une institution pour la paix du Portugal, avec des musiciens israéliens (Yair Dalal) et palestiniens (Samir Makhoul). Il y régnait une atmosphère tout à fait particulière parmi les nombreux auditeurs, venus de tous les alen­tours.
Nous recevons un soutien moral du monde entier pour notre voie. Les visiteuses les plus connues de ces derniers mois étaient Jane Fonda et Eve Ensler, qui on se sont rendues à NS/WS pour manifester leur solidarité avec les femmes juives et palestiniennes dans leur recherche pour la paix.

Pour terminer, je voudrais vous rendre compte de notre Projet AHP (Aide Humanitaire pour les Pa­lestiniens). Outre les journées médicales dans les villages palestiniens de la rive Ouest, lors des­quelles notre équipe médicale prodigue de l’aide, à savoir de l’aide directe avec la nourriture néces­saire pour la population palestinienne, nous avons pu secourir Malak. Ceux de vous qui sont sur la liste de distribution de courrier électronique, connaissent déjà l’histoire de Malak et ont beaucoup contribué à rendre possible l’aide médicale nécessaire. Malak est une fillette de cinq ans de Ne’elin près de Ramallah. Par accident avec un chauffage, 60% de son petit corps a été brûlé. Elle devint in­valide, car du fait des barrages elle ne put obtenir les soins médicaux nécessaires. Lors de nos jour­nées médicales elle fit la connaissance de notre équipe de médecins. Celle-ci et tous les autres méde­cins dont elle fit la connaissance plus tard, furent bouleversés de son état et savaient qu’elle pourrait marcher à nouveau avec un traitement médical adéquat. L’hôpital Tel Hashomer se déclara prêt à soigner Malak à prix coûtant et, unissant nos efforts, nous nous mîmes alors à la recherche du mon­tant nécessaire pour les soins, ce qui nous fut d’ailleurs possible récemment.

Entre temps, Malak a déjà été opérée deux fois. Elle se remet maintenant de sa deuxième opération. L’équipe AHP accompagne Malak et sa famille sur ce long chemin. Une fillette palestinienne ac­compagnée par des juifs est quelque peu inhabituel dans un hôpital israélien. Lorsque l’un des méde­cins de l’hôpital qui la soignait se renseigna et eut connaissance de notre travail par les accompagna­teurs de Malak, il en fut tellement ému qu’il voulut contribuer de son aide ; ce qu’il fit d’ailleurs ef­fectivement lors de la journée suivante d’aide médicale par notre équipe dans les territoires occupés.

Et maintenant encore une nouvelle de Zurich : le 6 mars 2003 eut lieu dans la grande cathédrale un « Concert for Peace » (avec collecte pour NS/WS). L’Église Réformée Évangélique et l’Église Catho­lique du Canton Zurich, les communautés juives ICZ et Or Chadasch, comme aussi les Communautés Islamiques Réunies, ont fait les invitations sous le patronat du Conseil municipal de Zurich. Cette in­vitation commune des collectivités religieuses de ma ville natale m’a procuré le sentiment qu’un peu de mon NS/WS était venu à Zurich. Le concert, qui fut organisé en commun par « Open Hearts » et L’Église Réformée, a eu un succès considérable. Les plus de mille personnes de la Cathédrale et celles du « Fraumünster », où le concert a été transmis en direct du fait de manque de place, ont dansé pour la paix.

Je voudrais saisir à nouveau cette occasion pour vous remercier très sincèrement, vous mes nombreux ami(e)s qui avez répondu à mon appel et m’avez aidée de différentes manières à m’ouvrir les portes. Je continue à être reconnaissante pour toute aide, et on peut toujours m’atteindre sous les mêmes co­ordonnées. Si l’un de vous a le désir et le temps de s’engager pour NS/WS et apporter son aide, je vous serai très reconnaissante de me le signaler.

Je vous remercie pour votre soutien tellement important,

Schalom, Salam

Evi

Voici comment vous pouvez me contacter :
Evi Guggenheim Shbeta ; Rütihofstr. 63 ; CH-8049 Zurich ; Tél./Fax : +41 1 341 37 09
E-mail : eviguggenheim@bluewin.ch
Banque : Coop Bâle, Compte 298385.290100-5
C.C.P : « Schweizer Freunde von Neve Shalom/Wahat al Salam » n° 87-99504-1

Si vous désirez recevoir parfois des informations sur NS/WS par e-mail, veuillez vous faire connaître par un petit e-mail.

(*) Les dernières lettres d’information se trouvent sur notre site Web www.nswas.com (sous Switzerland).

Si vous avez des amis ou connaissances qui pourraient s’intéresser à NS/WS, veuillez bien nous en­voyer leurs adresses.

Traduction : Christophe Translator

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  • Lettre No. 22 (PDF - 136.8 ko)

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